dimanche 22 juillet 2018

Le discours d'un ancien...


Romuald Morel.


Il est arrivé en 1998 au séminaire de jeunes de Walbourg en classe de cinquième. Bac en poche en 2003, la vie va continuer. "Pour avancer il faut croire en quelque chose." disait-il aux élèves lors de la remise des prix. Découvrez le discours de Romuald...



"Bonjour à toutes et à tous,
Romuald Morel
Je profite de cet instant de parole pour – en préambule – remercier l’équipe enseignante pour leur chaleureux accueil, M. Kempf pour son invitation, mais également pour saluer tous les anciens élèves du séminaire, parents et ami(e)s qui se trouveraient parmi nous.
Pour mon discours - que je tâcherai de ne pas faire trop long - je souhaite partager avec vous 3 histoires. 
Pour chacune d’entre elle, je mettrai en exergue un message, une « recommandation » purement personnelle qui, je l’espère, fera écho pour la suite de vos études.



·      La première histoire repose sur notre connexion mutuelle au Séminaire.
Commençons par une première question : parmi les élèves, qui d’entre vous êtes nés en l’an 2000 ou après l’an 2000 ?
En ce qui me concerne, l’an 2000 est l’année où je passe mon brevet des collèges. Mais laissez-moi rembobiner la pellicule deux ans plus tôt, en 1998. Si je vous dis « Et 1, et 2, et 3 (à) 0 », vous pensez à quoi … ?
Victoire de la France face au Brésil lors de la coupe du monde de football. Dans les rues, c’est l’euphorie. Et là une voix me dit « Oula, tu vas te calmer, dans deux mois tu rentres à l’internat, ça va moins être drôle ».
En 1998, j’intègre le Sem’ en 5èmeD. Pourtant, entre ma rentrée et le nouveau millénaire qui s’apprêtait à venir, survient un événement encore plus euphorique. Alors que j’étais au collège avec une maturité qui atteignait son paroxysme, le Séminaire accepte, pour sa toute première historique, au lycée, une tranche de la population française, qui jusque-là devait quitter les lieux le soir en tant que DP et externe : les filles. Une quinzaine de filles inaugurent le lycée en tant qu’internes. 
Vous imaginez bien que nous étions - bien évidemment - extrêmement calmes lorsqu’elles sont restées (toussotement). Nous ne les empêchions absolument pas de dîner le soir. Les traces de baves sur les vitres de la cantine ? Probablement les cerfs de la forêt de Haguenau. 
Arrive donc l’an 2000, je suis en 3ème, et si la plupart de mon entourage colle des posters de filles, j’étais un des rares élèves, probablement le seul, à poster mescréatures de rêve : les dinosaures (vélociraptor, T-Rex, tricératops …). Bref, j’étais plutôt du genre studieux, amoureux des livres et Walbourg m’offrait un magnifique cadre bucolique pour étudier et rêvasser. Je ne sais pas vous, mais j’adorais me balader non loin de l’étang ou autour du grand stade de football pour me sentir en contact avec la nature.
Lors de l’une de mes escapades, un abbé - qui s’occupait entre autres de nos cours de religion et d’éthique (Régis Laulé pour ceux qui le connaissait) – vient me voir et me dit avec un air essoufflé : « Mais où étais-tu, je t’ai cherché partout ». Il avait l’air inquiet (je m’excuse par avance pour l’ascenseur émotionnel que je vais créer mais c’est pour donner corps au message personnel qui va suivre). Je suis Régis donc, et en comité restreint, il m’annonce le décès de mon père, à 4 mois du brevet des collèges. Mais entre un médecin partageant un verdict brut et froid et un abbé partageant une annonce de la Vie sous la forme d’une couverture chaude qui vous enveloppe, ça n’est pas la même chose. La dimension spirituelle de Walbourg a pris depuis ce jour un sens bien différent.
Comme j’étais pris en charge dans une famille d’accueil, mes 2 parents souffrant d’une maladie de l’esprit, mon premier réflexe a été : « il faut que j’en parle à quelqu’un ». Je croise alors de manière opportuniste celui qui ne devait pas trop m’apprécier, étant donné que je lui avais piqué involontairement son pot de Nutella le premier jour de mon arrivée à l’internat, pensant que le Nutella était un bien collectif comme les briques de beurre et de confiture. Toutefois, le choc que je venais de me prendre me pousse à aller vers lui. Il m’écoute et … c’est le début d’une incommensurable histoire d’amitié. 
Pendant toutes les années du lycée, nous devenons co-chambre, échangeons sur nos secrets les plus intimes (ah les filles !), cet ami devient tout récemment mon témoin de mariage, il est même encore aujourd’hui présent parmi nous, tandis qu’il découvre le contenu de mon discours (coucou Thibaut 😉).
Plaisanterie à part, je viens de partager avec vous quelques souvenirs purement anecdotiques d’il y a 15 ans : des instants de joie, des moments d’amour, des événements tristes mais aussi des rencontres impromptues. Tous ces événements se sont déroulés dans un environnement bien précis : ici, au Sem’.
Et là figure l’un de  mes premiers messages, choisissez votre environnement : lieu et personnes que vous fréquentez ont, chaque jour, une immense influence, une influence considérable sur vos croyances, vos idées reçues, vos goûts, vos choix, vos projets. Dit autrement, réalisez que vos projets, vos buts sont en général ceux, si vous n’y prêtez pas garde, de vos 5 à 10 principales personnes qui vous entourent et que vous côtoyez au quotidien. Choisissez qui sont vos amis, qui seront vos relations, c’est la première façon de choisir sa vie et choisir ses projets.

·      La seconde histoire cherche à parler justement de vos projets comme source d’épanouissement.
Je vais être franc avec vous. A mes 18 ans en Terminal, je ne savais toujours pas ce que je souhaitais faire.
Le bac  en poche, je suis allé faire une prépa Maths Sup / Maths Spé à Paris pour y intégrer une école d’ingénieur (EFREI). J’ai ensuite poursuivi les études dans une école de commerce (HEC Paris), étudié dans une université à Londres (UCL), puis à Stuttgart pour – à l’issue de 7 années d’études – ne toujours pas savoir quel métier précisément je souhaitais faire. 
Tout ce dont j’avais en tête, c’était qu’un jour, je créerai quelque chose, je fonderai une entreprise pour porter une idée, un rêve, une conviction de vie. 
Mon message : vous devez croire en quelque chose, et pas forcément en un métier bien précis. Vous devez croire en quelque chose : votre chakra, le destin, la vie … peu importe. Car croire que vos études, vos efforts, vos réussites ont au final un sens vous donnera la confiance nécessaire pour aller de l’avant et suivre votre cœur.
Mon rêve s’est concrétisé à mes 27 ans, sans m’avertir, tandis que je travaillais dans un cabinet de conseil dans le secteur de la finance. Il est le fruit d’un travail collectif, d’une personne qui m’a fait confiance, qui m’a appréciée non pas uniquement pour mon savoir, mais pour mon savoir-être. La confiance de cette personne m’a poussée à créer mon propre cabinet de conseil, à entreprendre. Et puis une fois que vous avez sauté dans le « grand bain » : vous n’avez d’autre choix que d’apprendre à nager. L’année dernière, j’entreprends l’écriture d’un roman. Et début de cette année, j’explore la création d’une autre société type e-commerce pour vendre des produits hightech futuristes.
Gardez en tête qu’au séminaire de Walbourg, vous n’avez pas uniquement appris des connaissances en mathématiques, en économie, en philosophie, vous avez également évolué dans une sorte de « club » prônant des valeurs, telles que l’esprit collectif et l’écoute de l’autre. Dans un monde où l’on prône de plus en plus l’individualisme, ces valeurs du collectif ne vous seront que salutaires. Croyez-moi, j’ai pu expérimenter à maintes reprises, pendant mes études ou en entreprises, qu’effectivement : on va plus vite tout seul, mais on va toujours plus loin … à plusieurs.
Par rapport à vos projets, je vous invite à être déraisonnable, le monde a été bâti par des gens déraisonnables qui ont créé leurs valeurs et permis à d’autres d’y adhérer. Communiquez comme personne ne veut le faire, augmenter vos standards, ayez l’audace de voir grand quand votre entourage voit petit, ayez l’audace de choisir vos valeurs et non celles de la masse.
Vous croyez êtes libres de vos actes, de vous affranchir de la masse ?
Sortez vos téléphones (si pas déjà dans la main).
Passez-le maintenant à votre voisin de droite.
C’est bon ? Imaginez maintenant que chacun puisse partir avec. 
Comment est-ce que vous vous sentez ? Si cette situation vous semble inconfortable, c’est que vous avez donné une importance beaucoup plus grande qu’il n’y paraît à un « artefact ».
L’idée n’est pas d’aller à contre-courant mais de prendre du recul
Prendre du recul par exemple sur ce petit objet qui – lorsqu’il n’y a plus de batterie – nous donne vraisemblablement l’impressionque c’est notre partie extensive et non biologique de nous-même qui se meurt.

·      La troisième et dernière histoire parle justement de la« prise de recul ».
Quand j’étais en Terminal, j'ai lu une citation qui disait quelque chose comme : « Vivez chaque jour comme le dernier, un jour vous aurez certainement raison ». Ça m'a fait forte impression.
Steve Jobs a partagé lors de la remise des diplômes à Stanford les propos suivants :
« Me souvenir que je vais bientôt mourir est l'outil le plus important que je n’ai jamais eu pour m'aider à prendre de grandes décisions dans la vie. Parce que presque tout – toutes les attentes externes, toute fierté, toute peur de l'embarras ou de l'échec – toutes ces choses reculent face à la mort, en ne laissant que ce qui est réellement important. Se souvenir qu'on va bientôt mourir est le meilleur moyen que je connaisse d'éviter le piège qui est de penser qu'on a quelque chose à perdre. Vous êtes déjà à nu. Il n'y a aucune raison de ne pas suivre votre cœur.
Votre temps est limité, alors ne vous enfermez pas dans un dogme. Ne gâchez pas votre temps à vivre la vie de quelqu'un d'autre (…). Ne laissez pas le bruit de l'opinion des autres, noyer votre voix intérieure. Et, encore plus important, ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. Ils savent déjà, d'une certaine manière, ce que vous voulez réellement devenir ».

Résumons les messages clés partagés au travers des 3 histoires : le choix de votre environnement, votre quête dans un projet épanouissant, la prise de recul.
Mon astuce pour les retenir ? Rappeler vous du logo du séminaire. 
1) Le choix de l’environnement(qui était l’objet de ma 1èrehistoire) concerne la terre rouge du logo : trouvez la bonne terre pour planter vos racines. 
2) Vos projetsse retrouvent dans l’arbre vert du logo : ils vont être multiples, demanderont de faire autant de choix qu’il y a de branches, d’arbitrer certaines ramifications, d’être flexible pour passer d’une branche à l’autre.
3) Enfin, la prise de reculdoit vous permettre de penser votre avenir au-delà du carré qui contourne l’arbre vert.

Pour conclure, je partagerai les propos suivants : 
Je ne vous connais pas, je ne vous ai jamais vu et je ne sais pas quelles épreuves vous avez traversé, je ne sais pas ce que l’on a pu vous dire, de quoi on a pu vous qualifier. Mais une chose que je sais par contre, c’est que quel que soit votre âge, chacun de vous a vécu un certain nombre d’expériences : des rencontres amicales ou amoureuses, des moments de joie ou de réussites - comme les prix de ce jour - mais aussi des échecs, des moments de souffrance.
Ces moments ont fabriqué la personne que vous êtes aujourd’hui, qui vous ont amené à ce niveau physique et psychologique actuel, que vous l’aimez ou non. Uniquement vous pouvez décider de l’ampleur de ce niveau.
Si vous trouvez votre niveau trop bas, inférieur à vos attentes, inverser les choses. Ne cherchez pas à atteindre la perfection. La seule façon d’y arriver est d’essayer de devenir la meilleure version de vous-même. Voilà la vraie perfection, et si vous vous y autorisez, vous pouvez accomplir des choses extraordinaires, tout ce que vous voulez en fait. La seule chose qui vous sépare de vos rêves, c’est vous.
Et à vous, je vous souhaite tout le meilleur.

Merci pour votre écoute."

Aucun commentaire:

Publier un commentaire